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Affaire Bétharram : François Bayrou menacé, Emmanuel Macron réagit aux révélations

En marge d’un Salon de l’agriculture dont le tumulte ne masquait pas les secousses politiques du moment, Emmanuel Macron s’est exprimé avec une rare fermeté au sujet de François Bayrou, alors que ce dernier se trouve au cœur d’une tourmente judiciaire et médiatique liée à l’affaire dite de Bétharram. Ce samedi 22 février, sous les projecteurs parisiens, le président de la République a réaffirmé sans ambiguïté : « François Bayrou a toute ma confiance ». Cette déclaration, livrée avec une autorité maîtrisée, s’inscrit dans un climat de tension grandissante, alimenté par des révélations successives, des accusations graves et une pression croissante sur la figure historique du MoDem.

Appuyant son propos sur la clarté du Premier ministre, le chef de l’État a voulu éteindre l’incendie par la légitimité de sa parole : « Le Premier ministre a répondu à toutes les questions sur ce sujet avec beaucoup de clarté. Le Premier ministre, je l’ai nommé, et il a toute ma confiance ». Une manière pour Emmanuel Macron de verrouiller politiquement un soutien à double détente : celle de l’institution et celle de l’homme.

Pourtant, derrière ces mots mesurés, le tumulte est bien réel. François Bayrou, figure tutélaire de la vie politique française, est mis en cause dans une affaire aussi sombre que délicate. Des voix s’élèvent, des témoignages remontent des abysses du passé. L’affaire trouve son origine dans l’établissement Notre-Dame de Bétharram, situé dans le Béarn, un lieu que Bayrou connaît de longue date, plusieurs de ses enfants y ayant été scolarisés. C’est là que surgit l’accusation : il aurait, dans les années 1990, été informé de soupçons de violences sexuelles sur mineurs au sein de l’établissement, sans avoir agi en conséquence. Ce qu’il nie formellement.

Vendredi, face au vacarme médiatique, Bayrou a tenu à dénoncer « la mécanique du scandale qu’on cherche », pointant du doigt un engrenage qu’il juge construit pour nuire à son honneur et à celui de sa famille. Le mot est lâché : scandale. Il intervient au lendemain de la diffusion par Mediapart d’une vidéo qui fait l’effet d’une onde de choc. On y entend une ancienne professeure de mathématiques de Bétharram affirmer, avec une conviction intacte malgré les décennies écoulées, qu’elle avait alerté à l’époque le ministre de l’Éducation nationale – François Bayrou – ainsi que son épouse, alors catéchiste dans l’établissement.

À cette charge symbolique s’ajoutent les données judiciaires les plus glaçantes. L’enquête a débouché sur la mise en examen d’un ancien surveillant général de l’établissement, désormais incarcéré pour viols sur mineurs. Deux autres hommes, également placés en garde à vue, ont quant à eux bénéficié de la prescription des faits. Ils font partie d’un total de onze individus mis en cause, dont huit sont aujourd’hui décédés. Les chiffres, eux, ne laissent aucun doute sur la gravité de la situation : 112 victimes déclarées, des décennies de silence, et une omerta que le temps n’a pas réussi à effacer.

Dans ce sillage tragique, l’affaire prend une tournure ecclésiastique. Ange Mur, actuel maire de Jarret dans les Hautes-Pyrénées, mais aussi diacre, a été suspendu de ses fonctions religieuses. Ses déclarations, faites à la télévision – « Quand je frappais, je frappais (…) en début d’année, il fallait en distribuer quelques-unes… » – ont plongé dans la stupeur tout un diocèse. M. Mur, qui exerçait comme surveillant dans l’établissement entre 1979 et 1981, a reconnu les faits avec un détachement qui a heurté les consciences. Immédiatement, Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a pris la décision conservatoire de le suspendre, précisant dans un courrier aux fidèles que « dès que j’ai appris son implication, je lui ai retiré tout ministère ».

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