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Violences Conjugales et Féminicides : Une Évolution du Langage et des Politiques Publiques

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L’émergence d’une prise de conscience collective

La verbalisation des violences conjugales a nécessité des décennies d’évolution linguistique et sociale. Cette transformation progressive du langage reflète une libération graduelle de la parole des victimes et une meilleure compréhension des enjeux sociétaux.

Les événements déclencheurs d’une révolution sémantique

Plusieurs drames ont marqué l’opinion publique française et internationale, servant d’électrochocs pour la société. La disparition tragique de Marie Trintignant, survenue il y a vingt ans, ainsi que l’assassinat de Sohane Benziane, brûlée vive à Vitry-sur-Seine en octobre 2002, ont profondément marqué les consciences. Ces événements ont contribué à faire émerger une nouvelle approche des violences faites aux femmes.

Le mouvement #MeToo, lancé en 2017 avec sa campagne de hashtags viraux, a libéré la parole des femmes concernant les violences sexuelles. Cette révolution numérique a permis de briser le silence qui entourait traditionnellement ces sujets tabous. Deux années plus tard, en 2019, le Grenelle des violences faites aux femmes a renforcé significativement l’arsenal législatif français.

La bataille terminologique des années 1990

Bien avant ces événements médiatisés, les féministes des années 1990 avaient entamé une véritable bataille sémantique. Elles ont interpellé les médias pour faire progresser la conscientisation collective et bannir définitivement l’expression « crimes passionnels » du vocabulaire journalistique. Cette démarche visait à reconnaître que le féminicide constitue un crime de droit commun, sans circonstances atténuantes liées à la prétendue passion.

En 1994, une avancée juridique majeure a été réalisée : la qualité de conjoint ou d’ex-conjoint a été intégrée aux textes légaux comme circonstance aggravante. Cette évolution législative marque une étape cruciale dans la reconnaissance des spécificités des violences conjugales.

L’histoire des violences conjugales : une question de terminologie

L’évolution du langage autour des violences faites aux femmes illustre parfaitement la difficulté de verbalisation et d’énonciation liée à ce type de délits. Plus un phénomène est nommé précisément, plus il devient facilement identifiable et défendable juridiquement. Les mots définissant les différents types de violences deviennent ainsi des outils au service des victimes et des armes juridiques efficaces.

Le tribunal international de 1976 : un tournant historique

En 1976, la philosophe Simone de Beauvoir a organisé au palais des congrès de Bruxelles un « tribunal international des crimes contre les femmes ». Cette instance révolutionnaire, exclusivement féminine, ne constituait pas un tribunal au sens juridique traditionnel. Son objectif était de dénoncer les violences à travers des débats, conférences et projections cinématographiques.

Cette manifestation historique a rassemblé 2000 femmes venues de 46 pays différents. Durant cinq journées intensives, elles ont contribué à documenter la question des violences conjugales, créant notamment des outils conceptuels pour analyser ces drames. Le format s’inspirait du « tribunal Russell », créé en 1966 par les philosophes Jean-Paul Sartre et Bertrand Russell pour dénoncer les crimes de guerre américains au Vietnam.

La formalisation du concept de « femicide »

Le tribunal de 1976 a démontré, à travers de nombreux témoignages, le caractère systémique des violences et leurs multiples manifestations dans les relations conjugales et professionnelles. Ces prises de parole courageuses ont permis de formaliser le terme anglais « femicide ».

La sociologue américaine d’origine sud-africaine Diana E. H. Russell a ensuite défini précisément ce concept, combinant les termes « féminin » et « homicide ». L’objectif était de nommer spécifiquement un crime de haine misogyne et de lui donner une définition claire : « le meurtre de femmes par des hommes parce qu’elles sont des femmes ».

Selon l’historienne et féministe Christelle Taraud, « 1976 marque la première étape dans le processus de création d’outils permettant de mieux analyser ces questions fondamentales ».

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