BIEN ETRE

Violences Conjugales et Féminicides : Une Évolution du Langage et des Politiques Publiques

Crash d’hélicoptère : Anthony Delon et P. Belmondo pris dans un accident…​voir plus 👇

Du fémicide au féminicide : une évolution conceptuelle

L’apport de Marcela Lagarde

Le terme « féminicide » constitue un néologisme créé par l’anthropologue et ancienne députée mexicaine Marcela Lagarde dans les années 1990. Elle a développé ce concept en combinant les mots « féminin » et « homicide » pour rendre compte de la situation dramatique près de la frontière américano-mexicaine.

Dans cette région, une main-d’œuvre féminine pauvre et exploitée subissait des disparitions massives. Marcela Lagarde a enrichi le vocabulaire analytique en inventant ce terme pour désigner « un crime de masse, collectif, dont les femmes sont victimes en tant qu’identité sociale ».

Le continuum féminicidaire

La distinction terminologique entre « fémicides » (utilisé dans les pays du Nord) et « féminicides » (préféré en Amérique latine) importe moins que la compréhension du phénomène. L’essentiel est de maintenir l’idée qu’il ne s’agit pas de cas isolés perpétrés par des individus exceptionnellement violents.

Christelle Taraud a traduit cette conception par l’expression « continuum féminicidaire », soulignant la nature systémique et récurrente de ces violences conjugales.

Stratégies d’intervention : éducation et transformation sociale

Une approche à double temporalité

Face à ce que la présidente de la Fondation des femmes qualifie de « véritable pandémie », une intervention sur deux fronts s’avère nécessaire. À court terme, l’accent doit être mis sur l’accompagnement des victimes et des enfants co-victimes. Il s’agit de croire ces femmes, de les défendre et de les protéger efficacement. La chaîne répressive doit se mobiliser pleinement.

Parallèlement, cette action immédiate doit s’accompagner d’un « temps pédagogique et éducatif » fondamental. L’enjeu consiste à transformer la société en profondeur, quitte à bousculer l’ordre social établi, pour parvenir à une égalité totale entre les sexes.

Les résistances sociales

Cette transformation sociétale se heurte à de multiples résistances individuelles et familiales. Pourtant, un accompagnement individuel et collectif s’avère indispensable, car cette problématique concerne l’ensemble de la société.

Concernant l’éducation et le changement des mentalités, les experts sont unanimes : la France accuse un retard significatif. « À court terme, nous ne faisons pas ce qu’il faut, et à long terme, nous en faisons encore moins », déplore Christelle Taraud.

L’arsenal juridique français : avancées et limites

Le cadre légal des violences conjugales

En France, l’article 625-1 du Code pénal détaille une conception élargie des « violences volontaires aux personnes ». Cette définition englobe les violences physiques, sexuelles, psychologiques et morales. D’autres articles, comme l’article 222-33-2-1, précisent les contours du harcèlement conjugal.

Les professionnels de justice et de santé confirment que les auteurs de violences conjugales proviennent de tous les âges et milieux sociaux. Selon une enquête INSEE sur le cadre de vie et la sécurité, les violences physiques et/ou sexuelles commises par un conjoint ou ex-conjoint ont touché 295 000 victimes annuellement entre 2011 et 2018.

La réalité des féminicides en France

Les féminicides représentent « la partie émergée de l’iceberg », selon Christelle Taraud. L’étude des biographies des victimes révèle qu’avant leur décès, beaucoup subissaient un contrôle permanent, une surveillance constante et des humiliations quotidiennes.

Les statistiques des féminicides en France demeurent stables dans une fourchette élevée. Le ministère de l’Intérieur a publié récemment les chiffres de 2022 : 118 femmes ont été tuées par un conjoint ou ex-conjoint, contre 122 en 2021.

Previous page 1 2 3Next page

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *