Disparition de Bernadette Chirac à 93 ans : une figure incontournable de la vie politique française s’en va
“Nous sommes là, l’un à côté de l’autre” : cette nuit bouleversante où Bernadette Chirac a pu compter sur Nicolas Sarkozy pour veiller sur sa fille Laurence qui venait de s’éteindre

Présidente de la Fondation des Hôpitaux de Paris–Hôpitaux de France pendant de nombreuses années, Bernadette Chirac a incarné une vision exigeante et généreuse de la solidarité nationale. Son action a contribué à financer des équipements médicaux dans des établissements hospitaliers à travers tout le territoire, à améliorer les conditions d’accueil des patients et à sensibiliser le grand public à des maladies encore trop mal connues.
Dans un contexte où le financement de la santé, l’accès aux soins et la retraite des soignants sont au cœur des débats politiques et sociaux, le bilan de Bernadette Chirac résonne comme un rappel puissant : les grandes politiques de santé se construisent aussi grâce à des femmes et des hommes qui acceptent de mettre leur notoriété au service du bien commun, sans calcul ni contrepartie.
Son engagement pour les personnes âgées dépendantes, pour les malades en fin de vie et pour les familles touchées par des pathologies lourdes illustre une compréhension fine des fragilités humaines, à une époque où les questions d’assurance dépendance, de couverture santé complémentaire et de maintien à domicile prennent une importance croissante dans les politiques publiques françaises.
Le combat de toute une vie : Bernadette Chirac face à la maladie de Laurence
Une épreuve familiale marquée par l’anorexie mentale
Pour comprendre pleinement qui était Bernadette Chirac, il faut accepter de regarder en face la part la plus douloureuse de son existence : le combat qu’elle a mené, pendant des décennies, aux côtés de sa fille Laurence, gravement atteinte d’anorexie mentale.
Tout commence à l’été 1973. La famille Chirac est en vacances en Corse lorsque Laurence, encore jeune femme, commence à développer les premiers symptômes d’une anorexie sévère. Ce trouble du comportement alimentaire, alors bien moins compris qu’aujourd’hui par le grand public et le corps médical, allait progressivement prendre le dessus sur sa vie entière.
Au fil des années, la maladie s’installe, s’aggrave, résiste aux traitements. Laurence enchaîne les hospitalisations, les rechutes, les périodes de stabilisation fragile suivies de nouvelles crises. Sa perte de poids devient dramatique. Sa santé générale se dégrade irrémédiablement, compliquée par une dépression chronique qui alourdit encore un tableau clinique déjà préoccupant.
Une mère debout face à l’insupportable
Face à cette réalité, Bernadette Chirac ne s’est jamais résignée. Malgré les obligations protocolaires liées à son statut de Première dame — un rôle qui lui a souvent été imposé plus que choisi —, elle a tout mis en œuvre pour rester aussi présente que possible auprès de Laurence. Consultations médicales, séjours en établissements spécialisés, suivi psychiatrique : aucune piste n’a été laissée de côté, aucun effort n’a été épargné.
« Pour une mère, c’est effroyable », avait-elle confié, avec cette franchise directe qui la caractérisait, lorsque des proches avaient évoqué la situation de Laurence. Une formule courte, mais qui dit tout de la déchirure intérieure que représente le fait de voir son enfant se détruire lentement, impuissante face à une maladie qui échappe à toute logique rationnelle.
En 1990, le drame prend une tournure encore plus sombre lorsque Laurence Chirac fait une tentative de suicide en se défenestrant de son appartement parisien. Cet événement tragique, inscrit dans une succession de crises liées à la profondeur de sa souffrance psychologique, aurait pu briser n’importe quelle famille. Il n’a fait que renforcer la détermination de Bernadette à ne jamais abandonner sa fille.





