Marianne Bachmeier : la mère qui a abattu le meurtrier de sa fille en pleine salle d’audience
La lourde sanction tombe 😵 👇 Voir plus

Une enfance fracassée : aux racines d’une vie de douleur
Pour comprendre Marianne Bachmeier, il faut remonter aux origines. Née en 1953 dans une Allemagne encore sous le choc de la défaite, elle grandit dans un foyer marqué par la honte et le silence. Son père a servi dans la Waffen-SS, cette unité d’élite de l’armée nazie responsable de certains des crimes les plus documentés du régime hitlérien. Dans l’Allemagne de l’après-guerre, cette appartenance constitue un fardeau que beaucoup de familles préfèrent enfouir plutôt qu’affronter. Le contexte familial est lourd, les non-dits nombreux, et la jeune Marianne se construit dans une atmosphère de tensions refoulées.
Ce n’est que le début de ses épreuves. Adolescente, elle subit plusieurs viols — des agressions qui, dans une époque où la parole des femmes sur ces questions était bien moins entendue qu’aujourd’hui, resteront largement sans suite judiciaire. À seize ans, elle tombe enceinte pour la première fois et donne le bébé en adoption. À dix-huit ans, histoire qui se répète, elle accouche d’un second enfant, qu’elle confie également. Ces deux abandons successifs, qu’ils relèvent de contraintes sociales, économiques ou psychologiques, creusent en elle une blessure que rien ne viendra vraiment refermer.
C’est peut-être pour cette raison qu’en 1973, lorsqu’elle se retrouve enceinte pour la troisième fois, Marianne prend une décision différente. Cette fois, elle gardera l’enfant. Elle l’élèvera seule, sans père déclaré, dans des conditions matérielles difficiles. Elle lui donnera le prénom d’Ana.
Ana, l’enfant qu’elle a choisie de garder
Ana grandit aux côtés d’une mère qui ne lui ménage pas son amour, même si la vie quotidienne reste précaire. En mai 1980, alors qu’Ana a sept ans, une dispute éclate entre la mère et la fille — une dispute banale, comme il en survient dans toutes les familles, mais dont les conséquences vont être dévastatrices. La fillette, boudant, décide de sécher l’école ce matin-là. Elle ne rentrera jamais chez elle.
Sur son chemin, Ana croise Klaus Grabowski, un boucher de trente-cinq ans qui vit non loin de là. Cet homme n’est pas un inconnu des services de police : il a déjà été condamné pour des agressions sexuelles commises sur deux jeunes filles, et a purgé une peine de prison. À sa libération, il avait volontairement subi une castration chimique, censée réduire ses pulsions. Mais il avait ensuite demandé et obtenu un traitement hormonal pour inverser l’effet de cette castration.
« Le système avait déjà failli une première fois. Grabowski était libre, et il a recommencé. »
— Analyse judiciaire de l’affaire, presse allemande, 1981
Ce jour de mai 1980, il attire Ana dans son appartement. Pendant des heures, il la séquestre, la soumet à des sévices sexuels, puis l’étrangle. Pour dissimuler le corps, il le cache dans une valise et tente de le déposer loin des lieux. C’est sa propre fiancée, horrifiée, qui alertera la police. Grabowski est arrêté rapidement et passe aux aveux concernant le meurtre — tout en niant avec véhémence les abus sexuels. Pire encore : il accuse la fillette de sept ans de l’avoir tenté de le séduire et de lui avoir extorqué de l’argent. Des accusations dont le cynisme révoltant va définitivement sceller le destin de Klaus Grabowski.
Le 6 mars 1981 : un coup de pistolet qui ébranle la justice allemande
Le procès de Grabowski s’ouvre à Lübeck. Marianne Bachmeier y assiste régulièrement, le visage fermé, les mains crispées. Elle écoute les témoignages, les expertises, les plaidoiries. Elle entend son avocat construire une défense fondée sur la prétendue responsabilité de la victime. Elle mesure la distance entre ce qui se dit dans cette salle et la vérité qu’elle connaît sur sa fille.
Ce matin du 6 mars 1981, elle entre dans la salle d’audience comme à son habitude. Dans son sac à main, dissimulé entre quelques affaires personnelles, se trouve un pistolet Beretta calibre 6,35 qu’elle a acheté quelque temps auparavant. Lorsque Grabowski prend place dans le box des accusés, Marianne Bachmeier se lève, franchit la distance qui la sépare de lui en quelques pas, et tire à plusieurs reprises. Klaus Grabowski s’effondre et succombe à ses blessures peu après. Il meurt avant même d’avoir pu entendre son verdict.
Dans la salle, la stupeur est totale. Les huissiers se précipitent, Marianne Bachmeier se laisse immédiatement maîtriser. Elle ne tente pas de fuir. Elle ne semble pas paniquée. Des témoins rapporteront qu’elle paraissait presque apaisée.



