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BIEN ETRE

Mort de Catherine Ringer : la voix des Rita Mitsouko s’éteint à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant

La cause a été précisée, quelle tristesse.. paix à son âme 🕊️🙏🏼

Elle quitte l’école à quinze ans. Le geste, radical, n’a rien d’un abandon : il ouvre une période d’expérimentation intense où se succèdent le théâtre, la danse, le cinéma. Elle travaille sur scène à la fin des années 1970, notamment dans des productions liées au Théâtre de Recherche Musicale de Michael Lonsdale. Elle s’aventure aussi, brièvement, dans le cinéma pornographique — un épisode qu’elle n’a jamais dissimulé ni renié, et qu’elle a affronté publiquement à plusieurs reprises avec un aplomb qui a marqué les esprits.

La rencontre décisive avec Marcia Moretto

En 1976, elle croise la route de Marcia Moretto, danseuse et chorégraphe argentine installée à Paris. Ringer étudie avec elle, monte sur scène à ses côtés. Moretto meurt en 1983, à 36 ans, d’un cancer du sein fulgurant. Cette perte donnera naissance, quelques mois plus tard, à la chanson qui allait tout changer.


1979 : Fred Chichin, et la naissance des Rita Mitsouko

C’est en 1979, lors d’une comédie musicale montée à Montreuil, que Catherine Ringer rencontre Fred Chichin. L’entente est immédiate, sur le plan artistique comme sur le plan personnel. Ils forment un couple à la ville et un duo à la scène, deux dimensions qui ne se sépareront jamais vraiment.

Leur complémentarité repose sur un contraste net. Fred Chichin est plus réservé, plus technique, guitariste méthodique et architecte sonore du groupe. Catherine Ringer occupe l’espace : voix théâtrale, diction inclassable, présence physique qui emprunte autant à la danse qu’au rock. Les Rita Mitsouko naissent au début des années 1980 de cette friction productive.

Le projet ne ressemble alors à rien de ce que propose la variété française de l’époque. Le groupe brasse le rock, le funk, le punk, la pop, des rythmes latins, des accents d’Europe centrale. Cette hybridation, aujourd’hui banale, était à l’époque une anomalie commerciale — un handicap devenu signature.


Marcia BaïlaAndyC’est comme ça : les titres qui ont fait basculer une carrière

Un hommage funèbre transformé en tube dansant

Le premier album, Rita Mitsouko, paraît en 1984. Il contient Marcia Baïla, écrite en hommage à Marcia Moretto. La chanson raconte frontalement la mort d’une danseuse rongée par le cancer, sur un tempo qui donne envie de danser. Ce décalage — la douleur portée par la fête — constitue l’une des grandes réussites formelles de la pop française. Le single dépasse le million d’exemplaires vendus.

Le public découvre en même temps l’univers visuel du duo : couleurs saturées, costumes excentriques, clips inventifs, humour permanent. Là où l’industrie musicale des années 1980 pousse ses artistes à lisser leur image, Catherine Ringer construit sa notoriété sur l’imprévisibilité assumée.

The No Comprendo et la confirmation

Deux ans plus tard, en 1986, The No Comprendo confirme que le succès n’était pas accidentel. L’album contient AndyC’est comme ça et Les Histoires d’A, trois titres qui traverseront les décennies sans prendre une ride. Les Rita Mitsouko s’installent durablement dans le paysage, avec cette particularité rare d’être simultanément un groupe populaire et un groupe respecté par la critique exigeante.

Un couple, une famille, une œuvre commune

Derrière la mécanique scénique, il y a une histoire privée. Catherine Ringer et Fred Chichin ont trois enfants, Ginger, Simone et Raoul. Leur vie commune et leur travail se confondent pendant près de trente ans, ce qui constitue à la fois la force du projet et sa vulnérabilité : les Rita Mitsouko ne pouvaient pas exister sans ces deux personnes précises.

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